jeudi 30 juin 2016

Le loup et ses représentations


Ces derniers jours, je me suis laissée porter par l'atmosphère enchanteresse des films d'animation japonaise. Cela faisait longtemps que j'avais envie de regarder Princesse Mononoké; qui, dans sa poésie, ses images et sa profondeur, m'a d'ailleurs beaucoup émue. Dans la foulée, j'ai le lendemain visionné Ame et Yuki : Les Enfants Loups, qui, dans un registre différent bouleverse tout autant.
Un élément, un point commun, a attiré mon attention : la présence du loup. C'est un animal que je porte réellement dans mon cœur. Possédant un chien et étant très attirée par les canidés, j'ai décidé de consacrer cet article à la figure du loup, à ses représentations dans l'art comme fil conducteur.  

Dans l'imaginaire collectif européen, le loup est une figure qui inspire généralement la crainte
Animal diabolisé ( notamment par la religion chrétienne) perçu comme redoutable et terrifiant, il est inconsciemment celui qui s'oppose à l'"agneau pascal" chrétien, le prédateur qui menace le symbole de pureté, par extension une figure associée au diable. Or, le loup n'a pas toujours été un animal diabolisé. Prenons un peu de hauteur; nous pourrons alors voir que cet animal est également un animal respecté et admiré, et beaucoup plus proche de l'homme que nous pourrions penser.


Wolf and Whelp, netsuke japonais, ivoire
Los Angeles County Museum of Art
Cette image est un netsuke Japonais en ivoire du XVIIIe siècle. Il n'y a pas d'ivoire au japon, on a donc affaire à un ivoire importé. Une belle pièce necessite deux à trois mois de travail. 
Dans la religion shintoïste, la divinité associée au loup se nomme Amaterasu Omikami. Le rond rouge que l'on voit sur le drapeau du Japon renvoie à cette divinité. C'est la divinité associée à la lumière, au soleil, et aussi l'ancêtre de la lignée impériale, ce qui en fait une figure très importante. Le loup ne renvoie pas à la crainte mais c'est une figure de protection, tutélaire. La déesse louve Amaterasu Omikami protège les pauvres, notamment des catastrophes naturelles. C'est le guide et gardien des routes, mais cette bienveillance tient au respect qu'on lui accorde. De ce netsuke émane donc cette idée de protection, la mère louve cherchant à protéger son petit du monde extérieur, la patte droite sur son dos.













Painted wooden mask in a form of a wolf,
British Museum
Pour les Inuits, les esquimaux du Groenland et de l'Est du Canada, la figure du loup est associée à l'une de leurs divinité principales, Amarok
Si l'on se tourne vers la cosmologie inuit, il est dit qu'au commencement, il n'y avait rien, excepté un homme et une femme. La femme demande alors un trou, dans la banquise, pour pêcher, au Dieu du Ciel Kaïla. De ce trou, la femme fait alors émerger tous les animaux qui peuplent le monde, le caribou arrive en dernier et permettra de nourrir le peuple inuit. Or, comme les plus beaux caribous furent tous chassés en premier, il ne restait plus que les faibles et les malades aux Inuit, dont ils ne voulaient point. Kaïla rendit alors visite à Amarok, afin que les loups mangent les caribous les plus faibles, et que l'équilibre originel réapparaisse.
Cette histoire prouve donc que la relation entre le peuple Inuit, humain, et les loups est basée sur la complémentarité et la collaboration, basée sur le respect. Le loup est la figure garante de l'équilibre naturel, et non celle de la terreur gratuite ou du désordre. 
Ce masque en bois, est porté par les Inuits durant les danses cérémonielles et s'inscrit dans leurs pratiques religieuses, notamment dans la culture du "potlatch" ( une cérémonie rituelle basée sur le don ). Il est à l'image du loup, et renvoie donc potentiellement à la figure d'Amarok. Il prouve donc la présence sociale et religieuse de l'image et de la figure du loup, qui accompagne les peuples Inuits dans leurs célébrations.

Stèle funéraire représentant des guerriers armés
et un loup, anonyme, pierre rosée du Montseny,
Museu episcopal de Vic
Cette stèle funéraire, conservée au Museu Episcopal de Vic daterait du IIe siècle au Ie siècle avant J.C. 
Deux personnages luttant y sont représentés. Le guerrier de droite reçoit une lance dans le ventre par le guerrier de gauche qui lui-même reçoit un coup à la tête.
En dessous, un loup regardant vers la droite est représenté. Par le biais du loup nous est donnée l'issue du combat. Il agit comme un personnage médiateur, psychopompe, aidant les guerriers à transiter du monde des vivants jusqu'au monde des morts. 

Le loup ne se réduit donc pas seulement au prédateur dominant, il est aussi signe, gardien, figure secondaire proche de l'homme, dont le regard, lucide, se fait justice, sensible au respect de l'ordre. 
                                                                               

Localisation d'Assiout, ancienne
Lycopolis
 Dans l'Egypte Antique, l'actuelle Assiout se nommait auparavant Lycopolis, "la ville du loup" en référence à son dieu local, Oupouaout "celui qui ouvre les chemins". Elle se situe à 250km au Nord de Thèbes. Cette divinité a une fonction d"éclaireur", car il a pour fonction d'écarter les forces hostiles, et partage son apparence de canidé avec le dieu Anubis, même si l'espèce exacte est difficilement identifiable. Il serait donc la première figure tutélaire de la royauté, donc de Pharaon; accompagnant le roi dans les rites les plus importants, et les âmes des défunts lors du voyage de l'âme dans l'au-delà. Il est souvent accompagné d'un cobra lors de ses représentations iconographiques.



1 - Stèle de Minnakht; chef des prêtres à Akhmim
 durant le règne d'Aÿ (1327 - 1323 avant J.-C.)

Ououpaout, statuette en bronze - sérapeum. Musée du Louvre



La traduction des hiéroglyphes de cette stèle (dont je vous mets le lien ici) est celle de Minnakht, qui demande à Pharaon de faire des offrandes au dieu loup, Ououpaout, et au canidé Anubis afin qu'il puisse être un "bienheureux" dans l'au-delà. Ceci pour illustrer l'idée que le loup ne serait, selon ces exemples, pas un animal associé au "mal" dans la religion égyptienne. Il est la figure vénérée qui récompense les méritants, toujours garant de cette ordre, de cette justice.

De la naissance de Rome à la pesée des âmes lors du passage dans l'au-delà chez les Anciens égyptiens, le loup accompagne, provoque tantôt le respect, tantôt la crainte, mais fascine, toujours. 


















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