dimanche 26 juin 2016

Un jour, un titre n°1 : Ogre de Vald

Hey world

Ceci est le premier article d'une rubrique musicale. Mon objectif est de vous y faire découvrir à chaque fois un seul titre qui m'aura particulièrement touchée. Des centaines de titres et d'albums sortent tous les jours, ce qui donne carrément le vertige, surtout lorsque l'on voit tous ces titres défiler sous nos yeux sur les plateformes. 
      Trouver la pépite musicale qui va nous ébranler s'apparente alors à une véritable Odyssée
Lorsque l'on est en quête de nouvelles musiques à écouter, à moins que l'on ne connaisse d'avance l'artiste ou le groupe, c'est généralement le titre qui attire notre attention (comme la photo de la cible sur Tinder, mais c'est une autre histoire), le titre de la musique ou question, ou bien le nom de l'artiste. 
C'est donc ce titre, cette association de chiffres et de lettres qui va attirer notre attention. Un titre peut nous intriguer, peut faire ressortir un thème, une idée, une notion ( comme l'amuur, la haine, la solitude etc..) qui va profondément nous parler et nous faire signe; parce que ce titre peut potentiellement abriter une chanson en lien avec notre état d'âme du moment, ou alors une chanson qui nous touchera profondément dans ce que l'on est, car chacun possède une sensibilité qui lui est propre.

Je vais donc vous parler d'un titre qui a touché la mienne, Ogre de l'artiste Vald ( EP NQNT 2, 2015 ). J'ai découvert ce titre sur Spotify, c'est le douzième et dernier de son EP NQNT 2. Vous le trouverez difficilement sur Youtube

 Loin d'être une spécialiste de la scène rap, je ne vais pas vous baratiner pendant trois plombes sur des références connexes et savantes, je m'en tiendrai à mes propres émotions ressenties durant mes différentes écoutes. 

             Peut-être connaissez-vous déjà Bonjour de Vald ( Vald est d'ailleurs connu pour cette chanson! ) où, dans le refrain revient le fameux "il a pas dit bonjour..il va niquer sa mère" sur un ton décalé et ironique. Ces deux morceaux ( Bonjour et Ogre ) font partie du même EP mais n'ont absolument pas le même ton. Pour vous le présenter rapidement , c'est un jeune rappeur de 23 ans, aux textes absurdes. Il dit lui même dans une interview que ses chansons contiennent plusieurs niveaux de lecture, il préfère alors ne pas intervenir afin de laisser une grande liberté vis à vis des différentes interprétations possibles. Les termes utilisés sont souvent crus voire vulgaires, on ne craint pas donc l'entendre à tout va sur les ondes; ce qui, cependant, ne gêne aucunement l'écoute, ou du moins mon écoute puisque Vald a su se forger un univers barge, sombre et énigmatique. Côté réception du public, deux écoles s'affrontent ( pour caricaturer ) : il semble alors perçu tantôt comme un génie, tantôt comme un "troll" ou comme une arnaque, et semble se jouer lui-même de l'image dont il a conscience de renvoyer en brouillant justement la frontière entre génie et arnaque via l'absurdité de ses textes.
               Mais je diverge! Pour revenir à Ogre, les paroles semblent décrire une nuit sans espoir "Ce soir les enfers vont s'laisser aller" "Ce soir les cieux font pitié, ce soir, des yeux vont plisser Avec la drogue pour seule complice, et même si c'est compliqué" "Ce soir des parents s'quittent et y'aura pas de départ au ski". Et l'artiste, tel Charon, nous prend la main et nous embarque droit jusqu'aux Enfers, nous fait sombrer durant 4.33m, dans un lieu inconnu où les "lueurs d'espoirs" sont "noires", dans un lieu où le temps semble suspendu : "Ce soir j'vous en prie ne m'parlez pas d'lendemain" "Ce soir les garos grillent et la vie n'reste pas figée bien longtemps Y'a t'il pire martyr que la vie et perdre son temps?" mais où "les rêves ont pris la fuite", où le suicide se donne à voir et où la douleur semble constante, avec le vice, l'alcool et la drogue pour seules échappatoire. La rencontre entre des tournures crues "Ce soir, un enfant sniffe de l'insecticide parce que c'est la merde ici" et la présence constante de cet "ogre", figure monstrueuse et allégorique, comme issue d'un univers merveilleux et naïf qui "ploie sous l'ironie" et semble se jouer de nous, humains, que "l'or hypnotise",et qui semblons seulement "espérer quelques emplettes" malgré l'enfer, malgré l'horreur, malgré les "gens dans l'besoin qu'on entend pas chialer", nous humains qui fermons les yeux, centrés sur nous mêmes.
Ceci pour dire que Vald prend de la hauteur et semble regarder la terre de la Lune, et, comme avec un regard neuf et presque naïf, révèle et dénonce des faits et des vérités d'une société égarée et malade, en narrateur externe. L'homme, que "l'or hypnotise", pense trouver le bonheur grâce aux biens matériels, aveugle au chaos qui l'entoure, et qui est pourtant bien réel. 
L'instru derrière englobe les paroles et supporte une ambiance à la fois intimiste et dramatique, tragique, qui va crescendo. La magie, bien que noire, opère. On y adhère, ce tout est extrêmement séduisant, nous nous sentons comme les confidents de cette histoire, et des questionnements existentiels sur lesquels des perches sont tendues.
        Vald nous emporte dans son univers, et nous donne beaucoup plus qu'il ne semble le prétendre. On a donc affaire à un artiste généreux qui joue et s'amuse de l'image dont il a conscience de renvoyer.

Vald dans son clip Promesse



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire